WORK IN PROGRESS

 

Ci-dessous, captures d'écran de l'installation vidéo Ground | Overground | Underground en progrès, accompagnées de textes de la plume de Mowoso (toutes images © Mowoso)

Below: screenshots from the Ground | Overground | Underground video installation in progress with accompanying text by Mowoso (all images © Mowoso) 

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Il n’y a pas de mots pour exprimer le fardeau de cette mémoire enregistrée depuis l’enfance à l’intérieur de ce corps-prison où l’esprit se prend lui-même en otage avec ses questions sans réponses. C’est dans une concentration anéantie, dans la rupture du lien avec les origines que les yeux se lancent comme des fusées vers MIKILI, le paradis embarqué, le satellite des mondes. L’ascension doit se faire lentement pour anticiper l’épreuve du voyage attribué, pour céder une partie de sa force aux identificateurs et assumer une forme d’aliénation. Avant la grande traversée, on habille le rêve avec de fausses images pour motiver le processus, rester soudé et fort, garder confiance en soi. Comment savoir si se tenir en apesanteur ou si enterrer son corps en laissant juste sa tête hors de la terre ont le même effet hypnotique ? Quoi qu’il en soit, c’est dans un de ces états de conscience modifiée que les transactions d’identité auront lieu. Il faudra bien finir par deviner comment nous absorbons MIKILI et comment « ça » nous absorbe. There are no words to say the heaviness of memory hardwired to this body since childhood. The anatomy is a prison, hostage to itself for lack of answers to questions it will not cease asking. Moorings lost, the eyes un-socket for rocket flight to Mikili – embedded paradise, a satellite circling concentric worlds. Lift-off happens in slow motion, as the mind worries what lies ahead and the limbs adjust to bear the weight of alienation. The identifiers have spoken: our PIN numbers decree who among us is worthy of flight. Prior to departure, the dream is clothed in designer illusions: an astronaut’s suit, worn close and tight for strength and the confidence to proceed. (Self) hypnosis is advised, but questions linger as to the most effective means of reaching the desired state. Is it best to float, severing all ties to gravity, or sink, surrendering to the earth – neck-deep in dirt, head alone above ground, lest we forget to breathe? Either way, altered consciousness will drive all attendant transactions – how and who and why we become. That and atmospheric conditions on re-entry, as our pores dilate to take in the air on Mikili and the host planet’s smog penetrates our lungs.

 

LA SUBSTANCE DU PRINCIPE DU VIDE | THE VOID: A MATTER OF SUBSTANCE

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La chaise est toujours là. La chaise vide du pouvoir. La chaise du déraciné. Mieux vaut ne pas visualiser la seringue qui a aspiré nos terres, mieux vaut habiller sa pensée en laissant ce vide. Apprendre à vivre dans l'énigme, apprendre à vivre en équation après les richesses et les espoirs promis. La chaise vide du chef était devenue la chaise de la confession. On y révélait aux prêtres nos stratégies pour se faire pardonner par Dieu ne sachant pas que le système de contrôle s’instaurait ainsi via la cohorte de leurs complices armés. Face à la peur de mourir, les défenses s’affaiblissent. The chair is a constant. It is the seat of power – empty but no less loaded. Also the wobbly stool of the uprooted. Best not to think too hard about the pump that has ripped open and swallowed up all our land. A gaping hole remains; let us dress the wound, then look away. And learn the art of balancing impossible equations: x = enigma = the promise of riches and hope. In time, the chief’s vacated throne morphed into a confessional booth. Kneeling down, we whispered to priests sitting on high our strategies to outwit the wrath of God. We didn’t know yet that their forgiveness was one with the bullets of their brothers in arms. In the face of death, sometimes we forget how to defend ourselves.

 

LES TOMBES, UN MIROIR DANS NOS YEUX | OUR EYES MIRROR OUR GRAVES 

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Cimetière de Bolombo. Penser dans la continuité de la famille. Retracer le parcours de la vie sans les indices qui apparemment se sont volatilisés. Pourtant le défunt part toujours avec une partie de lui-même, avec les objets qui l'ont accompagné dans la mort, les objets que les vivants ne doivent pas garder pour se libérer de la douleur de la disparition. Mais où sont passé les signes de nos dernières demeures? Les arbres ont-ils tout recouverts ? La nature a peut-être décidé que nous devions redevenir des astres. Bolombo cemetery. From here to there, a thread: the family. Try to follow its path. Signposts, clues, crumbs: everything has vanished. We cannot find the graves. They were marked, once, with bits and pieces of the deceased ones’ lives, things we cast out in order to let go of the pain. Now everything is gone. Have the dwellings of our dead been absorbed by the trees and the vines? Nature may have decided it is time for us to shed our bodies and make for the stars.


ON LANCE SAMBOLE ET ON RÉPOND ZOBA | FIRST YOU SAY SAMBOLE, THEN YOU SAY ZOBA

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SAMBOLE ZOBA, enfants entre enfants, dans cette classe, sans banc, sans table, sans craie pour écrire, sans prêtres comme maîtres d’école… c'est là que l’on apprend la leçon infinie de la nature, là où la tête ne cède pas son rôle de stockage au disque dur. On fini quand même par comprendre que toutes ces histoires n’étaient que des synopsis créés et mis en scène par les ancêtres pour nous préparer à surmonter les obstacles et vivre sans regrets. Sambole Zoba, kid 2 kid, a classroom with no benches or desks, chalk to write with or priests to wipe our minds clean… Here we learn nature’s infinite lesson and the brain refuses to trade its synapses for a hard drive. In the end we see that everything was metonymy and stagecraft: the ancestors showing us the way around obstacles and regret.

 


LA LEÇON DE NIAMA MAYI, LE CROCODILE DES SORCIERS | NIAMA MAYI, SORCERERS' CROCODILE, SAYS

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Le crocodile de Mbandaka a crié en souvenir de la puissante et silencieuse immobilité des crocodiles du Palais des Colonies, le faste édifice parisien où innocence troublée, l’imaginaire se renforçait dans une propension à l’exotisme. The crocodile from Mbandaka shrieked as, in his mind’s eye, he glimpsed the powerful silence of those other crocodiles, standing stone cold still in a cement pond. It was decades ago; it was yesterday, at the Palais des Colonies, opulent spectacle at the southern edge of Paris. In the Metropole, innocence was growing thin. New imaginaries were required, stoked by peep-show exotica. 

 

LE TROU DE LA DETTE COLONIALE | THE SINKHOLE OF COLONIAL DEBT

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Dans ce corps qui subit la douleur, l’esprit voyage dans la pensée. Donner toute son énergie. Parfois le silence est plus fort que le bruit, mais pourquoi personne n'a entendu quand moi j'ai crié? Inside this body in pain, the spirit takes off in mind travel. The trip uses up all the energy that’s left. Sometimes silence is more loaded that sound, but how come nobody heard when I screamed by fucking head off?

  

MISSION IMPOSSIBLE | MISSION IMPOSSIBLE

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Un départ sans choix de destination. Un départ dans le lit en fer de l’hôpital où je suis né à l'époque du roi Léopard. Ses chansons à vapeur résonnent encore, que de faveurs pour l'esprit du roi Mobutu, « Mobutu Elima »  l’esprit Mobutu… « Mobutu Elombe » le guerrier Mobutu… Nous étions aveuglés par ses sentences « Bana équateur miso nbga » les enfants de l'équateur sont éveillés! Departure: check. Destination: unknown. Point of entry: a hospital bed with iron bars in the age of the Leopard King. This is where I spend my first night on planet earth. The King is long gone, but his songs echo in the long hallways. They hover, rising like steam on the skin of water. Mobutu Elima … spirit of Mobutu … Mobutu Elombe … warrior spirit … 

Bana Equateur miso nbga!

Equator’s children: our eyes are wide open!

We were blinded by the words drum-drum-drummed into our every conscious hour.

 

TRANSE ZAÏROISE | ZAIREAN TRANCE

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Mbandaka Mambenga, la ville oubliée. Elle porte sur son dos la charge de la critique de 32 ans de dictature. C’est dans cette ville isolée de la scène politique, abandonnée par le gouvernement parce que l'on estime qu'elle a eu son temps que se fissure la demeure inachevée du défunt Président. La végétation y a repris ses droits. « Botutu » la malchance brule dans le cercle magique des arcanes du pouvoir pour que l'homme puisse à nouveau étreindre le feu. Mbandaka Mambenga. Forgotten city. Heyday passed, her shoulders sag: 32 years of dictatorship. Critical mass. Here, far from the political centre of things, an unfinished house surrenders to the forest. The leader had meant to live here but died first. Botutu, spirit of ill luck, hisses and crackles: in the courtyard, we have flipped the switch: a secret circle of fire swallows the flames of the past.


DANSE DU WALE | WALE

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Le WALE, un défi lancé aux mauvais sorts d'ESOKODJI, le serpent maléfique envoyé par un adversaire, un rival, un gouvernement. Le WALE se joue à travers l'innocence des petites filles quand on ne peut plus dire ce que l'on pense frontalement, feindre parler aux murs, faire semblant que tout va bien alors que tout va mal. Un sarcasme pour se remettre dans sa peau. Les grimaces, un caprice qui redonne de la valeur à la beauté. Une manière de ne pas montrer sa souffrance. Wale. A challenge to defeat the spells cast by Esokodji the snake – evil reptile sent by those who would defeat us: adversaries, rivals, governments. Wale. A song. Small girls sing what none of us can say anymore. They sing that everything is fine when nothing fine is left at all. Sarcastic songs: good for stepping back into our skins. Funny-ugly songs: grimaces (crossed eyes, curled lips) to remember our beauty. For protection.

 

 

APPARITIONS DE MEKALI | MEKALI: APPARITIONS

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BILIMA, cette force qui vit en nous, une force de combat, une protection pour surmonter les épreuves difficiles. Elle s’active seulement une fois les fétiches invoqués dans les chansons pour faire venir MEKALI, l’esprit invisible qui selon ce que l'on a dans le cœur se montre méchant ou gentil. MEKALI nous protège de la peur des obstacles. Bilima is a force that lives inside us, a force for combat, for protection and overcoming obstacles. To access it, we summon Mekali, a spirit who brings good or ill, depending on what we hold in our hearts. Mekali is profylaxis against the fear within.


INCIDENTS TRANSPATIALES AVANT LE GRAND VOYAGE | ADVANCED TRANSPACIAL INCIDENTS

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La terre s’emballe. Où est Stanley ? Satellite ! Où est Vangel ? Satellite ! Où est Coquillhat ? Satellite ! Dans les "trajectoires des fusées volantes dans le vide"*, génèse des satellites géostationnaires radioactifs bourré d’or gris (le coltan), un autre voyage cosmico-tropical a lieu à bord d’un vaisseau insectoïde de l’Equateur.
(•Intitulé d’un article du général-major Casimir-Erasme Coquilhat dans lequel la formule mathématique de la propulsion par fusée est l’un des fondements de ce qui sera, au XXème siècle, l’astronautique, la technologie du voyage spatial. Camille-André Coquilhat, son fils fut l’instigateur de la force publique sous Leopold II et donna à Mbandaka le nom de Coquillhatville au début de la colonisation Belge.)

Planet earth is coming undone. Where is Stanley? Satellite! Where is Vangel? Satellite! Where is Coquilhat? Satellite! "Trajectories of rockets fired into the void"*: essential reading to master geostationary satellites loaded down with grey gold (aka coltan) in advance of cosmic-tropical travel abroad insectoid space/time vehicle departing @ Equator today 0:00.
(* Title of an article by Major General Casimir-Erasme Coquilhat, a Belgian mathematician, that contains the formula for rocket propulsion, the cornerstone of space travel. Coquilhat’s son, Camille-André, went on to found the Force Publique, the single most violent arm of colonial repression under King Leopold II. Under Belgian rule, Mbandaka bore Camille’s name; it was called Coquilhatville.)

 

 

MBANDAKA MIKILI | MBANDAKA MIKILI

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Avant le passage dans le pipeline multidimensionnel, les moteurs grondent, les cochons grognent et le python se contracte. Un dernier combat pour accéder à un monde meilleur sans injustice où l'égalité existe en vrai, un monde dirigé par les lois de la nature. Quel effort ou prière doit-on faire pour être né blanc ou jaune, ou pour se retrouver dans un coin de la Belgique ou de la France plutôt que d'être Né en Afrique avec une peau noire ? Shortly, the body will enter a multi-dimensional pipeline for passage from Africa to Europe. Motors rev, pigs squeal and the python wraps itself into a tight coil. One last battle in quest of a better world, where justice, equality and the laws of nature, untrammeled, prevail. What would it take to change the rules of the game? To be born white or yellow, not black, in a remote corner of Belgium or France?